Funny Madness

11 avril 2011

this is the end

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Après moins d'un an d'existence, l'aventure de funny madness prend déjà fin. Mais ça n'est pas pour ça que je vais me tourner les pouces et abandonnez l'exploration du si fascinant 7ème partie. Ayant répondu à l'appel d'anciennes connaissances, je rejoint l'équipe du tout nouveau site courte-focale. Avec trois autres collaborateurs, nous aborderons le cinéma du monde entier et de manière la plus éclectique : vieux et récent, bon ou mauvais, européen comme américain, blockbusters et cinéma d'auteur. Le cinéma est fait de tout et nous essayerons de la balayer sans distinctions. J'espère donc vous y retrouver très bientôt.

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27 février 2011

Critiques en vrac : spéciale Argento/Harlin

Critiques en vrac un peu particulier ce mois-ci puisqu’entièrement consacré à 2 grands cinéastes issus de notre cher Europe dont je me suis fait/refait un certain nombre de films ce mois-ci.

Dario Argento : le génie, l’arnaque ou le génie de l’arnaque ?

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Disons le net, je ne suis pas un grand fan de Dario Argento. Malgré mon affection pour le cinéma d’horreur, j’ai toujours eu du mal à appréhender les œuvres de ce maître de l’épouvante. J’ai même de graves difficultés à rester calme face à la prétention du bonhomme, méprisant le travail d’écriture et s’exclamant à longueur de pellicule “ma caméra se suffit à elle-même !”. Cette approche qui revendique un rejet des conventions sous le prétexte qu’il vaut mieux que ça m’échauffe les nerfs au plus haut point. Mais bon, son cinéma dit “de séquences” est au moins agréable à suivre de par ses évidentes qualités visuelles et j’espère toujours retomber sur un opus à la mesure de profondo rosso, seule œuvre d’Argento que je tiens en très haute estime. Profitant de la sortie groupée effectuée par Wild Side il y a quelques mois, je me suis dit qu’il était temps d’essayer de trouver satisfaction dans les œuvres les plus essentiels du bonhomme.

Ténèbres (1982)

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C’est donc avec plein d’espoir que je me suis aventuré vers ténèbres... pour en ressortir avec une impression d’œuvre sympathique mais loin d’être à la mesure de sa réputation. Je me souviens que dans le long documentaire sur le dvd collector de profondo rosso, Argento définissait ténèbres comme un cri de colère et une certain attaque envers la critique (Vous croyez que je fais uniquement des films d’horreur pornographiques pour psychopathe ? Ben je vais vous montrer ce que c’est qu’un vrai film d’horreur pornographique pour psychopathe !). Une ambition qui annonçait une œuvre enchaînant à la pelle les excès horrifiques propices à rendre plus acceptable une structure en saynète. Double désappointement, ténèbres n’a plus grand-chose de bien choquant (la séquence à la Pollock est fabuleuse mais le reste n’offre rien de bien exceptionnel graphiquement) et déroule une trame assez classique en dépit de tout ce que le film peut avoir de nouveau chez Argento (utilisation de l’architecture moderne, photographie lunaire délaissant toutes zones d’ombre). Même la mise en scène ne me semble pas toujours à la mesure de ce qu’elle est censée offrir entraînant à mon sens un décalage avec la génial BO complètement déchaînée pour sa part. Il y a énormément d’idées brillantes mais je trouve que l’imagerie s’en dégageant n’a pas l’impact escompté. Je classe tout particulièrement là-dedans le célèbre plan à la louma. J’avais vu les images de tournage et j’avais été très impressionné par le dispositif. A l’écran, on récolte essentiellement un long gros plan sur du béton et des tuiles et on ne sent aucunement l’amplitude du mouvement.

Là où le film marque des points à mes yeux c’est de par le télescopage du réalisateur avec son personnage principal. La perspective donne énormément de poids au film et le rend très savoureux par moment (la citation du chien des Baskerville qui résume toute sa carrière cinématographique). Et le final est d’ailleurs fortiche pour désarçonner le spectateur. J’adore d’ailleurs cette idée pour mettre à mort le tueur. Malgré l’ingéniosité de la mécanique qu’il a mis en place, celui-ci va mourir de manière incongrue empalé sur une statue. Chez Argento, la plus huilée des narrations ne peut décidément rien face à la toute puissance esthétique. J’apprécie également l’ouverture montrant le tueur lire tranquillement le roman au coin du feu. Ce feu est illustré comme sa pulsion meurtrière qui bouillonne au fond de lui et qui ne demande qu’à sortir. Au bout du compte, le tueur jette le roman dans le feu ce qui attise les flammes. C’est une très belle illustration d’une idée que Craven ne saura faire passer qu’à travers une réplique dans son scream : les films ne créent pas de psychopathes mais les rend plus inventifs. Ce genre de passage arrive à me faire convaincre que j’ai passé un bon moment mais ça ne me fera définitivement pas considérer Argento comme un génie du genre.

Mother of tears (2007)

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Comment ça j’ai dit que je me concentrerais sur les œuvres essentielles d’Argento ? Vu que je suis pas du genre à tenir mes promesses, je n’ai pas pu m’empêcher de jeter un œil sur ce si conspué mother of tears. Vu la réputation du film, je m’attendais à quelque chose de magique. Et effectivement, c’est une fabuleuse contre-performance que nous livre Argento. L’objet est fort étrange tant il ne laisse jamais le spectateur s’habituer à ce qu’il voit. Le film change en effet régulièrement de ton comme si il ne savait pas sur quel pied danser. En relisant le HS Mad sorti récemment, il y était dit que le budget a été considérable réduit à la veille des prises de vue et que Argento a du remanier son script en plein tournage. Cela expliquerait l’aspect polyvalent du film. Ça commence ainsi plutôt bien. Bon Argento force toujours le trait pour plier l’histoires à ses envies filmiques mais le bonhomme sait encore plutôt bien tenir sa caméra (faut quand même supporter l’immonde photographie) et la musique de Claudio Simonetti avec ses chœurs perpétuels est assez sympa. Puis vient le premier meurtre et là on se dit qu’Argento il a peur de rien. Une pauvre demoiselle va ainsi connaître une quadruple mise à mort. Elle va ainsi se faire démonter la mâchoire, éventrer, étrangler avec ses propres entrailles et finalement dévorer par des monstres de carnaval. Un empilage d’atrocité chargeant la mule et tellement desservi par des maquillages ridicules qu’on s’en amuse plus qu’on ne s’en effraie. Mother of tears semble donc parti vers un rigolo déchaînement de violence zarbi.

Ben finalement non. Par la suite, on passe un nouveau palier et Argento nous offre avec joie de grandes discussions fascinantes dignes d’un téléfilm FR3. Un train-train aussi ronflant qu’incohérent semble se mettre en place et puis boum Argento nous balance sa vision du fantastique dernière manière. Là il nous offre les apparitions impayables de Daria Nicolodi et réduit à néant une mythologie ambitieuse par une illustration poussive à souhait. Difficile en effet de prendre au sérieux la menace du film constituée par une bande de sorcières incarnée à l’écran par une tripotée de biatch mal fringuées qui passent leur temps à rigoler bêtement. Un choix effarant de débilité qui peut difficilement être justifié par l’argument du manque de moyen. Celui-ci peut toutefois bien être invoqué pour la représentation du chaos dans lequel est censé plonger Rome. Avec des possibilités limitées, l’horreur à grande échelle sous l’œil du cinéaste ne devient plus que quelques exactions éparses interprétées sans conviction par de pauvres figurants (2 mecs détruisent une voiture : le monde est vraiment proche de la fin) et mis en boîte de manière rocambolesque (mention au meurtre du bébé). Mother of tears ressemble au bout du compte à un incroyable accident de la route : c’est stupide, abominable à voir et pourtant fascinant. Il a au moins ça pour lui.

Le chat à neuf queues (1971)

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A la base, l’étape suivante de ma rétrospective devait être trauma. Vu sa réputation, je me suis dit que ça aurait été sûrement un peu trop douloureux après mother of tears. Je me suis donc rabattu sur le chat à 9 queues. Et quelle belle surprise que ce deuxième long du bonhomme ! C’est en tout cas la preuve inéluctable que les jeunes cinéastes font toujours des maladresses sur leurs premières œuvres qu’ils tenteront d’expurger par la suite. Ben oui parce qu’avec le chat à 9 queues, Argento va nous raconter une histoire. Roohhh quelle connerie il a fait là ! Blague à part, j’ai justement été séduit par la certaine retenue du film. Il est assez logique qu’Argento se soit éloigné du film qualifiant sa recette de “trop américaine”. C’est justement par cet aspect que le film est intéressant. Le chat à 9 queues prend finalement le meilleur des deux mondes. D’un côté, on a la rigueur hollywoodienne avec une intrigue tenant la route où se construisent mystère et suspense. De l’autre, il y a le formalisme génial d’Argento. Il aligne ainsi les cadrages soignés, les mouvements de caméra brillants et autres vues subjectives immersives mais ne tombe pas pour autant dans le piège de “l’esthétisme pour l’esthétisme”. Ses effets servent toujours le déroulement du récit permettant d’aboutir à un divertissement de fort belle tenue. Le film souffre quand même de quelques coups de mou et certaines idées ne sont pas aussi charmantes qu’elles devraient l’être (l’atypique tandem principal composé d’un journaliste et d’un aveugle manque un peu de synergies) mais c’est quand même un beau boulot efficace et carré qui ne trahit pas particulièrement les obsessions de son auteur (la perception de l’environnement cinématographique par les personnages et le spectateur a toujours autant d’importance). Peut-être pas aussi marquant et définitif qu’un profondo rosso, le chat à 9 queues se place néanmoins sans problème dans le haut du panier de la filmographie d’Argento à mes yeux. 

L’oiseau au plumage de cristal (1970)

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Galvanisé par la découverte du chat à neuf queues, je me suis plongé avec beaucoup d’enthousiasme dans cet oiseau au plumage de cristal. Trop d’enthousiasme et j’ai eu la désagréable impression que ce premier film d’Argento ne vole pas sa réputation d’œuvre matricielle : il contient tout ce qui me bloque chez le bonhomme. Je comprends cela dit un peu mieux pourquoi Argento a plus ou moins désavoué le chat à neuf queues et préfère exprimer son affection pour l’oiseau au plumage de cristal. Le chat à 9 queues était efficace, carré et d’un professionnalisme complet. En bref, un enfer pour quelqu’un comme Argento chez qui tout doit être imprévisible et le récit fluctuant selon ses appétits. L’oiseau au plumage de cristal dévoile plus volontiers la fibre artistique du bonhomme et donc ses partis pris qui n’ont guère mes faveurs. L’intrigue joue donc sans complexe sur l’improbabilité de ses situations et un certain libertinage narratif. Argento se désintéresse de l’enquête policière et la triture au profit de ses scènes chocs souvent incongrus. Cela peut conduire à offrir des passages puissants (le meurtre d’ouverture et les tentatives pour la décrypter) et d’autres plus risibles que terrifiantes (le tueur bloqué au seuil de la porte de sa victime commet l’ultime outrage en y creusant un trou : mais quelle ordure quand même !). Reste heureusement que malgré des artifices parfois rudimentaires (mais naturel pour un premier long), le film fait preuve d’une maîtrise cinématographique toujours alléchante avec des idées brillantes à foison. Mais bon, c’est quand une déconvenue en bout de course.    

Trauma (1993)

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Le voilà donc le si redouté trauma. L’infâme trauma, l’inexcusable trauma, l’involontairement drôle trauma, le foireux trauma ou encore l’embarrassant trauma comme on aime à dire. Mais pourquoi tant de haine, ai-je envi de dire ? Je trouve que cette œuvre si décriée a des atouts pour se défendre. Le point principal reste à mes yeux une toujours aussi évidente maîtrise cinématographique. Le premier meurtre m’a d’ailleurs bien mit en confiance. Idées de cadrages brillantes, photographie travaillée (même si l’esthétisme évoque plus un Brian de Palma que du Argento pur jus) et usage alléchant de la steadicam sont au rendez-vous pour une scène classique du genre mais rondement mené. Bon après, je ne peux que reconnaître que je désenchante face à la première rencontre des deux personnages principaux dont l’absurdité totale est sidérante. D’après ce que j’ai lu (toujours dans le HS de Mad), il s’agit là d’une des scènes qui aurait été retourné suite à une politique de remontage du film. Déjà bien mis à mal par des réécritures inopportunes (vu la matière à disposition et la manière dont en parle les intéressés je suis convaincu que les premières montures du script auraient pu donner un excellent film), trauma prend l’eau. La manière dont Argento filme la rencontre est d’ailleurs équivoque quant au détachement dont il fait preuve. Plutôt que de concentrer sa caméra sur les comédiens, il préfère composait un large (et beau) plan sur le pont dans lequel les acteurs n’ont plus qu’une place accessoire. Pas mal d’idées de ce genre reviennent au gré du film, notamment avec cet étonnant travelling lors du générique de fin (effet gratuit conduisant à une bonne blague). En soit, je me montre indulgent face à une œuvre à la conception si douloureuse et qui fut tellement trituré qu’elle présente des plaies béantes dans lesquelles le spectateur ne peut que tomber. Le film est monté à la serpe (Argento aime les transitions brutales mais là c’est d’une stupidité qui dévoile clairement des coupes), manque de gore (même si il en montre assez sur ce point pour me convaincre) et n’arrive pas à atteindre le degré émotionnel désiré (difficile de s’attacher au couple principal, surtout vu la qualité de l’interprétation). Mais trauma reste porté par les vastes attirails de mise en scène chers à son auteur et surtout par une indéfectible volonté de porter son histoire. Vu que généralement Argento fait l’inverse, je ne peux qu’exprimer ma sympathie face à la démarche aussi boiteuse soit-elle.   

Inferno (1980)

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Malgré les difficultés que j’ai eu devant le visionnage de suspiria, j’étais assez enthousiaste à l’idée de découvrir un inferno depuis si longtemps inaccessible dans nos contrées. Sans surprise, le film tient effectivement beaucoup à son visuel. C’est un éblouissement de tous les instants. Les décors élaborés sont magnifiques, la photographie avec ses jeux de couleurs est sublime, la mise en scène en jettent plein la gueule et certains plans sont complètement incroyables (l’apparition de la mort). Toutefois, bien qu’il soit considéré comme une des œuvres d’Argento où le scénario est le plus en retrait (on le compare souvent à un opéra), je n’ai pas trouvé celui-ci si catégorique au regard de l’évolution du récit. Suspiriamettait en scène un personnage principal qui était appelé à mener son enquête sur certains évènements. Cela devrait logiquement donner une intrigue linéaire mais celle-ci ne convient aucunement à Argento. Dans inferno, on a au contraire plusieurs personnages qui mènent la danse. Chaque personnage amasse des informations et refile le bébé à quelqu’un d’autre qui est chargé de poursuivre l’intrigue. Cela donne une sorte de structure narrative avec une spirale en pointillé où au fil de l’avancée des personnages, on sent qu’on approche du centre du mystère bien que ceux-ci n’en aient qu’une vision fragmentaire. Cela offre d’ailleurs la certaine originalité d’un personnage principal qui traverse l’histoire sans en comprendre un traître mot. Dommage que la structure intriguant dans la première moitié s’essouffle dans la deuxième. Il faut dire que les défauts finissent par s’agglutiner entre un acteur principal qui est une vraie loque (c’est censé servir le personnage mais c’est juste insupportable), une musique merdique (le classique ça va mais la composition originale est horrible et le sympathique thème est utilisé n’importe comment) et quelques scènes ratées (l’attaque des chats absolument pas convaincante là où celle des rats est franchement éprouvante). L’expérience demeure néanmoins très attachante et a le mérite de m’avoir donné envi de rejeter un œil à suspiria. Voilà qui fera un bon début pour ma prochaine plongée dans la galaxie Argento.

Renny Harlin : le bourrinage est un art de vivre

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Harlin aura quand même bien réussit son coup. Le bonhomme aura tellement réussit à s’intégrer dans l’industrie cinématographique américaine que tout le monde semble oublier qu’il est finlandais d’origine. Du coup, c’est sans honte que je peux lui apposer la caution auteur européen et me lancer dans une rétrospective de son œuvre. Oui bon, c’est vrai aussi que je me foule pas parce qu’avec Harlin, le décryptage thématique y tient pas à grand chose.

12 rounds (2009)

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Voilà le film qui m’a poussé à faire une rétro sur le bonhomme. Parce que 12 rounds m’a rendu triste, très triste. En le voyant, je me dis que le si attachant Renny Harlin est entré dans une nouvelle phase. Depuis une décennie et le bide cumulé l’île aux pirates/au revoir à jamais, Harlin était rentré dans une forme de pétage de plomb. Déjà peu porté sur la subtilité et prenant plaisir à verser dans l’action rentre-dedans dont personne ne se plaindra, Harlin avait complètement largué les amarres en découvrant les possibilités des CGI. Cela a donné plusieurs films complètement ahurissants où il utilisait les pires techniques numériques pour mettre en boîte ses idées dégénérées. Puis ces dernières années, j’ai l’impression qu’Harlin commence un douloureux retour sur terre. C’est comme si il avait compris qu’il n’était plus in et qu’il s’est tellement grillé auprès des studios (et du public en général) qu’il ne risque plus de toucher à un de ces gros budgets sur lesquels il pourrait assouvir pleinement sa passion de l’art bourrin. Parce qu’il faut se rendre à l’évidence : si 12 rounds n’a eu droit qu’à une exploitation express en salle, c’est parce qu’il ne méritait pas plus. En le projetant sur un écran de cinéma, on serait immédiatement saisi par la pauvreté des moyens à disposition. Rien qu’un écran 16/9 de taille convenable montre les limites budgétaires de la chose. Aussi alléchant soit le pitch (un adepte des pièges saw-esque lance un Matt Damon sous testostérone dans une série de travaux herculéens), le film souffre d’un tel manque d’ampleur et de spectaculaire qu’on ne suit l’ensemble qu’avec un ennui poli. Le film aurait besoin de scènes d’action imposantes pour gonfler d’adrénaline son spectateur mais elle n’en a pas les moyens. Harlin tente de faire illusion en s’amusant avec les maigres jouets à disposition (vlan le camion de pompier, baf le tram, boum l’hélicoptère) mais son emballage à la Tony Scott du pauvre n’arrive pas à masquer son manque de motivation face à la pauvreté de la production à disposition. En voyant Harlin tombési bas, j’aurais presque envi de pleurer mais bon, nous ses fans on est pas des tapettes.

Au revoir à jamais (1996)

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Pour oublier le désenchantement de 12 rounds, rien de mieux qu’un retour sur ce qu’on peut aisément considérer comme le dernier vrai bon film du bonhomme. En soit, l’objet est d’autant plus attachant qu’il est également le dernier travail du scénariste Shane Black avant une mise en veille de pratiquement 10 ans. Revoir the long kiss goodnight est d’ailleurs un excellent moyen de reconsidérer tout son talent. Le premier point tient bien sûr au personnage principal. Je m’étais toujours arrêté à son côté femme couillue mais le film arrive à mettre en avant un portrait plus complexe par rapport à la dualité de son personnage (merveilleusement incarné par Geena Davis). Le film n’aurait sûrement pas eu le même impact si le personnage avait été un homme, le caractère féminin apportant une sensibilité plus forte notamment au regard de la thématique sur la maternité. C’est un des aspects forts intéressants du film auquel se rajoute un désamorçage heureux de moult clichés (pas de véritable romance entre les deux personnages principaux, pas de retournement de situation par rapport à la découverte de la paternité de la gamine), des répliques qui claquent (le personnage de Brian Cox, c’est rien que du bonheur... dommage qu’il disparaisse si rapidement) et une structure à la solidité exemplaire (les petits détails introduis à l’avance pour justifier le déroulement de l’action). Pas étonnant qu’outre l’envi de mettre en valeur sa femme, Harlin se soit focalisé sur un tel script pour se reconstruire suite au bide massif de l’île aux pirates. Il offre d’ailleurs le meilleur de lui-même avec une mise en scène carrée et très efficace dopée par la photographie fort appréciable de Guillermo Navarro (le sauvetage de Samuel L. Jackson après la renaissance de l’héroïne me paraît toujours aussi puissant grâce à ses éclairages). Toutefois malgré le sérieux dont il fait preuve, on le sent déjà parfois à 2 doigts de tomber dans la folie filmique que ce soit avec les SFX (les incrustations pour l’explosion finale) ou certaines idées (la version alternative présentée sur le DVD du meurtre sur glace est juste hilarante). Dommage que l’échec au box-office l’ait conduit à franchir le pas pour ses projets suivants. Nul doute que si ce fort sympathique divertissement avait eu du succès, la suite de la carrière d’Harlin aurait été toute autre.

Cliffhanger (1993)

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En le revoyant, je me dis que cliffhanger est la parfaite démonstration de l’art du bourrinage made in Harlin. En effet, l’histoire offre une base assez porteuse avec cette histoire d’affrontement en montagne. Il y a une ironie par rapport à un enjeu (retrouver des valises pleines de biftons avant l’équipe adverse) assez risible au regard de l’environnement naturel qui l’entoure (l’argent compte apparemment plus que la survie pour la plupart des personnages). Un McTiernan n’aurait pas manqué d’exploiter ce ressort narratif. Sauf que c’est pas John aux commandes mais Renny. L’idée attrayante, il l’a gicle en une réplique (“comment on s’enfuit de cette montage même avec du fric ?” déclare un des personnages) et il se concentre sur son étalage d’action et de violence. Cliffhanger devient donc un énorme missile lancé à toute berzingue qui détruit tout sur son passage et ne s’arrête pas sur les détails. C’est l’exemple même de ce si regretté divertissement 90’s où on ne laissait pas 5 minutes s’écouler sans balancer une baston, une fusillade ou une catastrophe en tout genre. En résulte un captivant divertissement sous pression qui pour ne rien gâcher se montre une brillante démonstration de savoir-faire (mise en scène ultra-efficace, joli cinémascope, musique brillante, bon castingde tronche). Le seul truc qui me gène, c’est que je me suis rendu compte à la revoyure que le film contient un certain lot de trucages pas heureux. Il y a bien plein d’incroyables cascades dans le film mais j’ai été désappointé en y rejetant un œil de découvrir qu’un certain nombre de scènes puait le tournage en studio. J’aurais presqueété déçu par ce côté mythe qui s’effondre (je restais persuader jusqu’à présent que le film avait été quasi-intégralement tourné dans des décors naturels) si cliffhanger ne restait pas une œuvre tellement addictive que défauts et qualités s’assimilent avec le même plaisir.

Peur bleue (1999)

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Peur bleue est donc le film qui a vu la naissance du Harlin version 2.0. En même temps, faut le comprendre. Il tente une réactualisation du grand film d’aventures avec plein d’humour et d’action, il se vautre lamentablement la gueule au box-office. Il essaie de livrer un film d’action avec un minimum de profondeur, rebelote. Pas étonnant qu’il en ait marre. Peur bleue aurait pu ainsi être une démonstration pour faire croire qu’il est encore dans le coup. Si il en a l’apparence, il ressemble plus à un gros fuck craché au monde. Il y a un temps il aurait peut-être tenté de faire tenir debout ce jaws à la sauce film catastrophe. Mais maintenant, il en a rien à foutre et il compose n’importe comment avec les ingrédients à disposition. J’ose d’ailleurs toujours pas croire qu’il ait osé dire qu’il était impossible de distinguer les vrais requins des faux. Mais bon, ses animatroniques impressionnants mais fleurant bon le caoutchouc et ses CGI tous pourries font le charme d’une production à la perversité réjouissante. Harlin semble ainsi prendre son pied avec le concept du film catastrophe où les mises à mort doivent valoir lieu d’expiation divine : croquer la main du scientifique qui tenait une cigarette, engloutit le perroquet qui jure à longueur de scène, écarteler ce salopard de millionnaire qui se la ramène avec sa morale à la con, dévorer par l’entrejambe la blondasse (dont on apprend dans une scène coupée qu’elle attend un bébé hors mariage) et, plus fort que tout, gober d’un coup l’héroïne responsable de tout ce bordel. Harlinn’affiche même pas deux secondes de scrupules et annihile en deux temps trois mouvements toutes possibilités d’une fin heureuse avec bisou devant un lever de soleil. Une caution morale complètement grotesque qui participe au côté déviant de l’entreprise. Harlin y se fout de tout et nous aussi. Du coup, c’est sans honte qu’on peut savourer une œuvre délirante où l’exagération (Thomas Jane qui passe tout le film à faire son intéressant, sa panoplie allant de la glissade dans 2 centimètres d’eau au rodéo à dos de requin) et le portnawak (LL Cool J en cuistot intégriste qui a un gros bâton) deviennent carrément de la virtuosité. Un fabuleux plaisir coupable en somme comme peut l’être considéré driven, dernier film de ma rétrospective Harlin qui aura droit à une critique à part pour finir en beauté.

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06 février 2011

Critiques en vrac : janvier 2011

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Le meilleur Disney des 20 dernières années ne dure que dix minutes. Profitez-en c’est cadeau

Bon ben, c’est pas encore cette année que j’aurais tenu mes bonnes résolutions. Accaparer par une analyse d’E.T que je peine à finaliser (et l’ambition prenante de me lancer dans un papier sur le chef d’œuvre volte/face), il aura fallu l’avant-première de Tron legacy pour sauver le blog de son inaction. En même temps, c’est pas en zonant sur twitter que les articles vont s’écrire. Faudrait d’ailleurs que je pense à organiser mon temps de manière un peu plus pragmatique pour réussir à ménager des plages propices à l’écriture de chroniques. Mais bon, vu que c’est la période fiscale où les heures supplémentaires ne sont plus comptées (oui pour ceux que ça intéresse, je suis comptable : vous savez le mec qui fait en sorte que la colonne de gauche du bilan soit égale à celle de droite pour pas que de charmants inspecteurs du fisc viennent frapper à votre porte), c’est pas gagné. Mais bon, ça ne m’empêche pas d’y croire. Place maintenant aux films !

5_cm_par_seconde5 cm par seconde de Shinkai Makoto
Grâce au papier de Jehros  et à quelques autres, je me suis piqué de curiosité pour le travail de Makoto. Du coup, lorsque j’ai vu 5 cm par seconde traîné sur l’ordinateur d’un copain, je n’ai pas hésité une seule seconde. Si le copain en question m’a aussi refilé Tekken (ce qui me fait émettre des doutes sur notre amitié), je suis heureux qu’il m’ait permis d’assister à un tel objet. Programme découpé en trois partie, 5 secondes par seconde n’affiche qu’une petite heure au compteur mais quelle heure ! Il s’agit là d’une œuvre à la tristesse terrassante. Un brin désarçonné par un début se passant d’introduction, j’ai rapidement été captivé justement cette brillante gestion du rythme. 5 cm par seconde parle de cette fatalité du temps qui passe et la manière dont il retranscrit le parcours des personnages à coups d’ellipses (les transitions entre les segments) ou au contraire de longues plages contemplatives (l’insoutenable scène du train bloqué par la neige). Le film est traversé ainsi d’une mélancolie puissante magnifiée par des images poétiques (rien que le titre énigmatique donne envi de pleurer lorsqu’on en saisi la signification). Voilà qui me donne très envi de me pencher sur les autres travaux de Shikai et tout particulièrement sa tour au-delà des nuages.

crank_2Hyper tension 2 de Mark Neveldine et Brian Taylor
L’anecdote est connue. Suite au succès du premier crank, les producteurs ont commandés une suite à Neveldine et Taylor. Pas très chaud à l’idée de s’atteler à une nouvelle aventure de Chev Chelios (bien mal en point à la fin du premier opus), les duettistes ont torché le script le plus infâme qui soit. Ils se sont tiraillés les méninges pour trouver les idées les plus dégueulasses possibles de telle manière que leur scénario soit invendable. Quelle ne fut pas leur surprise lorsque les producteurs ont donné leurs approbations sur le manuscrit. Neveldine et Taylor retourne alors complètement leur veste. Si un script aussi trash est accepté par les studios, il faut absolument le tourner. Ce qu’ils ont fait avec leur style hystérique bien à eux (objectivement limité cinématographiquement, fort enthousiasmant sur le moment). Le résultat est un crank 2 dont le mauvais goût et la passion pour les débordements trash débiles atteint des sommets. Crank 2 est l’objet le plus répugnant que nous ait offert un studio hollywoodien depuis bad boys 2. C’est abominable (des plaies béantes crachant gerbes de sang et de silicone), dégradant (sodomie au fusil à pompe), crétin (retour de personnages décédés par les pires manigances scénaristiques possibles), limite pornographique (la scène de sexe de l’hippodrome), régressif (le passage kaiju eiga) mais surtout hallucinant et captivant. Le film va tellement loin dans son attitude de mauvais garçon qu’on atteint une certaine forme de génie. On attend avec impatience chaque scène pour savoir comment les auteurs arriveront à faire encore plus fort dans l’insanité.  Un nouveau palier de décompression dans la dégénérescence a été passé et l’exploit aussi bête soit-il impressionne.

autreL’autre de Robert Mulligan
L’autre fait parti de ce genre d’œuvre qu’il est impossible de découvrir aujourd’hui vierge de toutes connaissances. Dès qu’on veut s’y intéresser, on tombe forcément sur une analyse motivante mais qui malheureusement évente le rebondissement principal du récit. À l’instar de psycho d’Hitchcock, il est donc assez difficile de découvrir le film aujourd’hui sans que son sujet véritable soit connu à l’avance. Dieu que j’aurais voulu subir un lavage de cerveau avant de me lancer dans le visionnage pour pouvoir savourer la progression narrative sans me préoccuper du twist à venir. En l’état, la vision d’un film comme l’autre reste très forte. Je suis fasciné par le regard sans concession que porte Mulligan sur son histoire. C’est probablement l’un des films sur l’enfance le plus malsain qui soit, tant il réussit à capter la cruauté enfantine dans son horreur la plus complète. Le dernier acte vire d’ailleurs à la monstruosité totale, annihilant point par point toutes possibilités d’happy end (le plan final est d’une certaine manière apocalyptique). L’étalage de cette horreur n’a pourtant rien de gratuit et s’inscrit parfaitement dans la description logique d’un esprit tourmenté. Au bout du compte, j’ai un peu de mal à m’en remettre mais c’est clairement d’un très haut niveau et je suis sûr de le réévaluer à la hausse avec le temps. Dans tout les cas, étant donné que c’est ma première incursion dans le cinéma de Mulligan, je suis prêt à d’autres expériences. 

fantasia_2000Fantasia 2000 de Roy Disney
Après la découverte de fantasia, autant prolonger le plaisir avec cette “suite” qui aura globalement mise tout le monde contre elle. Il est vrai qu’il y a de nombreux problèmes dans ce nouvel opus, à commencer par son manque flagrant de poésie. Je crois que les auteurs ont été un peu trop écrasés par leur lourd héritage. Il n’y a qu’à lire/écouter des interviews pour comprendre que l’œuvre originelle est considérée à juste titre comme le saint graal de l’animation. Le premier fantasia était une œuvre expérimentale et incroyablement innovante. Les réalisateurs aux commandes ne semblent pas avoir assez de confiance pour oser véritablement s’attaquer à un tel mastodonte. Du coup, si fantasia est un film de pionniers, fantasia 2000 est un film de suiveurs. Le film flirte ainsi énormément avec l’hommage en favorisant un système d’échos. Donald et l’arche de Noé renvoie à Mickey et l’apprenti sorcier (séquence emblématique reprise d’ailleurs telle quelle ici), le pitch d’ouverture est repris stricto sensu, l’oiseau de feu était la première œuvre de Stravinsky que Disney envisagea d’adapter avant de se rabattre sur le sacre du printemps... De même, fantasia 2000 semble prendre en compte les nombreuses critiques faites à l’œuvre originelle. Si la faible durée du film est justifiée par les contraintes techniques de l’IMAX à l’époque, je pense que le rabaissement de la durée de 120 à 75 minutes est également un choix conscient du fait que la longueur de fantasia a souvent été jugé excessive (le film fut d’ailleurs exploité pendant plusieurs années dans un montage de tout juste une heure). De même, pour contrebalancer le manque d’humour de l’hôte originel, la production se paye tout un tas de guests stars divertissants (politique pas très payante vu le niveau des intervenants). Les ambitions ne sont au bout du compte plus les mêmes. Fantasia était une œuvre contemplative mêlant des illustrations de la mort et de la vie. Fantasia 2000 est une œuvre animée par une incommensurable frénésie créative sous le signe des retrouvailles (thème revenant régulièrement tout le long des sketchs). Pas vraiment expérimental donc, il s’agit plus d’un étalage énergique de savoir-faire. Les animateurs ne repoussent pas particulièrement la maîtrise de leur art mais dévoile toutes leurs compétences en multipliant les images saisissantes et en composant brillamment leurs séquences. Les choix musicaux sont par conséquent plus tonitruants (ce qui n’est pas pour me déplaire) et donne un parfait tempo pour cette avalanche d’imagination. On est loin du degré d’abstraction de fantasia (même la musique absolue se met à raconter une histoire) mais la beauté des séquences reste captivante. Je noterais quand même un peu à part l’oiseau de feu, ultime et magnifique séquence miyazakiesque qui est la seule à se montrer à la mesure de son modèle en faisant de la vitesse un moteur expérimental. Ce passage (que vous pouvez visionner plus haut) est la cerise sur le gâteau d’un divertissement agréable et rondement mené.

hereafterAu-delà de Clint Eastwood
Le dernier cru eastwoodien aura créé un consensus virant à la lapidation. Et j’ai bien envi de le rompre. Car j’en suis le premier surpris mais j’ai beaucoup aimé ce hereafter. Je commençais pourtant sérieusement à m’inquiéter pour Clint Eastwood après ses deux derniers films, le radoteur gran torino (définitivement rien compris à l’accueil dithyrambique qu’il a reçu) et l’académique invictus. Je m’apprêtais donc à constater la mort clinique du réalisateur. Et si il y a bien des défauts, ce qui était censé être un désastre sur pellicule m’aura plutôt convaincu. Bon alors la principale nouveauté dans l’univers d’Eastwood, à savoir le fantastique assumé (celui-ci était présent de manière plus succinct dans l’homme des hautes plaines et minuit dans le jardin du bien et du mal), n’est pas ce qu’il y a de plus réussi. Ses visions de l’au-delà font tristes figures et les séances de spiritisme avec gros bruitage pour marquer la connexion ne sont pas franchement les plus captivantes. Je me suis par contre laissé porter par le travail des personnages. Si il y a un manque d’équilibre flagrant entre elles, les différentes parties axées sur la mort (la partie londonienne où un gamin se repli dans une attitude mortifiante suite au décès de son jumeau), la vie (la partie américaine où un medium cherche à se construire une vie malgré son lien perpétuelle avec la mort) et la renaissance (la partie française où une journaliste doit appréhender le fait qu’elle est morte et ressuscitée) proposent des parcours émotionnels qui touchent juste. Certes dans la filmographie d’Eastwood, tout ça n’est pas bien nouveau et c’est sûrement plus de la réutilisation de savoir-faire qu’un vrai renouvellement. Mais là où le pilotage automatique d’un gran torino ou d’un invictus m’a ennuyé, je suis resté captivé par les pistes explorées par ce hereafter. Sinon, moi aussi je voudrais bien fourrer des trucs dans la bouche de Bryce Dallas Howard. 

arriettyArrietty, le petit monde des chapardeurs de Hiromasa Yonebayashi
Bien plus encore que le royaume des chats et les contes de Terremer, la vision de ce Arrietty m’a bien fait comprendre que le studio Ghibli ne sera définitivement plus le même lorsque Miyazaki aura disparu. Bon le film est loin très mauvais mais l’excellence des œuvres du studio est nivelée vers le bas de manière spectaculaire. Bien que signé par Miyazaki himself, le script m’a incroyablement étonné par une teneur bancal allant même jusqu’à se vautrer dans des défauts que je ne lui soupçonnais pas (la ménagère idiote et moche est méchante... ben parce qu’elle est méchante et qu’il fallait meubler l’intrigue). Le pire est sûrement atteint avec la discussion entre les deux personnages principaux sur l’extinction des espèces. Ça m’a fait le même effet qu’un passage d’avatar où le héros vocifère contre les manigances des puissants sur les faibles dans un esprit très pilier de comptoir. L’instant d’une scène, leurs auteurs passent pour les écolos neuneux que voient certains critiques pas très réveillés. C’était très embarrassant de voir un truc pareil. Ça me fait noircir le tableau d’une œuvre qui reste agréable au demeurant. Il y a eu divertissement moins recommandable que cette œuvre drôle et touchante où le réalisateur exploite habilement la différence d’échelle entre les personnages. Mais le film est plus efficace que poétique, cherchant à aller droit au but plutôt que de véritablement réussir à construire une ambiance particulière. Il n’y a qu’à voir l’introduction servant de transition entre un milieu urbain et la maison de campagne où se situera le reste du film. Avec un Miyazaki à la réal, ça aurait sûrement donné lieu à une belle et mélancolique séquence façon voyage de Chihiro. Ici c’est du pur fonctionnel avec juste un plan appuyé sur un portail pour bien faire comprendre qu’on entre dans un autre univers. Bon allez j’arrête de me torturer et je le reverrais tranquillement sans attente pour pouvoir apprécier ce sympathique moment pour ce qu’il est.   

green_hornetThe green hornet de Michel Gondry
A l’inverse de hereafter, je ne peux malheureusement que rejoindre que l’opinion générale sur la dernière réalisation du génial Michel Gondry. De manière prévisible, je me suis retrouvé devant un spectacle bien formaté même si je ne m’attendais pas tant à ce que le style Gondry soit si dilué. C’est d’autant plus frustrant que par instants, on sent l’inventivité de Michel Gondry reprendre le dessus (la première visite du garage, le split-screen, la séquence où le héros reconstruit les ficelles de l’intrigue). C’est malheureusement trop disparate pour me convaincre. C’est techniquement bien exécuté mais on reste dans l’oubliable tant ça ne sort pas de la masse. Les scènes d’action synthétisent ce grand écart entre défauts de base du blockbuster actuel (montage pas toujours lisible, notamment la poursuite en caisse lors du climax) et les envies de bricolage expérimental de son réalisateur (j’adore le plan où plusieurs doublures sont utilisés afin de décupler la vitesse d’action de Kato). Le film souffre sinon clairement de passer après kick-ass. En comparaison, la déconstruction du super-héros de green hornet apporte peu. Là encore, le côté absurde d’un Gondry aurait pu donner le change mais les meilleures idées (le héros qui se fait passer pour un méchant) ont le malheur de rester au second plan et seuls quelques pics de génie surnagent (le bad guy psychopathe campé par Christopher Walz). C’est donc bien agréable, drôle mais trop timoré pour rester dans les mémoires. Et je ne suis prêt de pardonner le rôle ingrat filé à Edward James Olmos (BSG addict inside).   

chemins_de_la_libert_Les chemins de la liberté de Peter Weir
Avant d’aller voir le dernier film de Weir, j’avais jeté un œil à Gallipoli pour me mettre dans le bain. Il s’agissait là d’un film splendide à la mise en scène sublime arrivant à jouer sur plusieurs registres (film de guerre, récit initiatique, aventure feuilletonesque) pour déboucher sur une conclusion traumatisante. Du grand art que me faisait espérer de grandes choses pour the way back. Mon dieu quelle déception se fut au final. Pourtant, j’avais été complètement éblouie par la bande annonce. Commençant comme un film académique sur l’éloge du courage, ce court montage laissait dévoiler dans sa seconde moitié ce qu’on pouvait soupçonner être le véritable cœur du film. Avec Weir, on voyait donc se profiler une leçon de survie magnifiée par les rapports de l’homme à la nature. Après une poignante scène d’ouverture où les enjeux (espion ou pas ?) sont balayés pour ne laisser place qu’à une émotion dévastatrice, j’ai toutefois commencé à désenchanter avec la partie du goulag. Une première partie mollassonne qui ressemble à une quelconque production hollywoodienne (si on excepte des conditions de tournage apparemment rudes). Bah, je me suis dit que ça allait s’en sortir dès que l’évasion commencerait comme dans la bande annonce. Malheureusement, la suite ne décolle guère plus. Les personnages nous matraquent sur un ton pontifiant leurs états d’âme et la longueur se fait sentir face au manque de lien affectif. Quant aux rapports avec la nature, il est illustré de manière trop sporadique pour réussir à maintenir l’implication. Bon il reste quand même des passages où le génie de Weir arrive à sauver l’entreprise. Quant il se pousse vraiment à exploiter et magnifier ses environnements, la mise en scène offre des choses magnifiques et certains passages sont incroyablement puissants (la fin casse-gueule me fait sortir du film en voulant vraiment l’aimer). En gros, j’ai plus eu l’impression de voir le Weir balourd du cercle des poètes disparus plutôt que celui vivifiant de master and commander.

fire_and_iceTygra, le feu et la glace de Ralph Bakshi
Bof, très bof. Il s’agit là de ma deuxième incursion dans le cinéma de Ralph Bakshi après sa catastrophique adaptation du seigneur des anneaux et je trouve ça toujours aussi déplorable. Fire and ice m’a quand même bien moins ennuyé que ce dernier même si cela tient très sûrement au fait que cette coproduction avec le maître Frank Frazetta ne souffre pas de comparaisons assassines. Il n’y a pas de roman d’origine à massacrer et aucune adaptation plus brillante ne vient parasiter la lecture. Cela dit, ça n’est pas non plus une raison pour être indulgent face à un script minimaliste et sans grand intérêt (capture, libération, ballade dans la jungle, capture, baston, libération... que de variété dans les situations). Je suis de plus très réfractaire à la rotoscopie. Certes plus élaboré que sur le seigneur des anneaux, la technique donne lieu à une “animation” désagréable à l’œil où la fluidité des mouvements se heurte aux incapacités d’interprétation des comédiens (aussi bien pour les expressions faciales que gestuelles). L’interaction laborieuse des personnages avec les décors m’ennuie également au plus au point. La lourdeur du processus m’apparaît d’autant plus idiote qu’elle conduit à une mise en scène restrictive et indigente. A quelques ralentis près, le tout n’est que cadrages approximatifs et peu spectaculaires. Comme le seigneur des anneaux, le film survie uniquement grâce à la certaine beauté de la production design et notamment le travail sur les backgrounds. Les intentions de Bakshi étaient louables de faire un film d’heroic fantasy animé par un pur sentiment de sauvagerie et où les dialogues n’auraient guère leur place. Mais l’entreprise fait preuve de tellement peu d’effort (c’est pas en pompant la BO de jaws que le compositeur allait se faire passer pour Basil Poledouris) que fire and ice n’est guère plus qu’un joli cahier d’images. Ça me décourage de poursuivre la découverte d’autres œuvres de Bakshi qui présentent pourtant tous de si alléchantes promesses. Allez je trouverais bien assez de motivation pour me procurer wizards que Wild Side devrait sortir en DVD fin février. 

universal_soldierUniversal soldier de Roland Emmerich
Jean-Claude tout le monde l’aime. Il est frais, il est sympa et si tu l’emmerde, y règle ça vite fait avec un kick dans ta gueule. Mais bon, Jean-Claude est surtout un athlète qui n’aura pas forcément le long de sa carrière rencontrer les bonnes personnes pour faire de lui un vrai acteur. Parce que bon, notre bon Roland Emmerich y s’en fout un peu que Jean-Claude y puise pas enchaîner plus de deux expressions faciales. Pas grave vu que dans universal soldier, il joue un super soldat déshumanisé qui veut juste rentrer à la maison. Le panel limité de Van Damme se prête bien donc au jeu de cette série B qui malheureusement tend surtout vers le Z. On salue souvent les mérites d’Emmerich pour rentabiliser ses budgets. Si cette capacité du bonhomme peut parfois faire des merveilles (tout particulièrement sur son meilleur film stargate), ça n’est pas vraiment le cas avec universal soldier. Dès la séquence d’ouverture avec son Vietnam reconstitué en studio, ça sent mauvais. Et effectivement, l’ensemble est malheureusement très cheap. Porté par un score minable, le film se fait parfois efficace mais reste globalement peu impressionnant à cause de ses méthodes de tournage économiques. Une limitation de moyen qui n’aide pas à faire décoller cette histoire de robocop militarisée dont les situations souvent ridicules (“cherchez quelque chose de dur” exige un Jean-Claude oilpé à une jolie blondasse) me laissent toujours interrogateur sur le sens de l’humour d’Emmerich. Seule chose à sauver : l’ami Dolph Lundgren qui a une belle présence en bad guy et bouffe sans problème Van Damme malgré un temps de présence plus restreint.

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30 janvier 2011

Tron l'héritage

tron_legacyTitre original : Tron legacy
Genre : fucking biblical
Réalisation : Joseph Kosinski
Scénario : Edward Kitsis et Adam Horowitz
Casting : Jeff Bridges, Garrett Hedlund et Olivia Wilde
Photographie : Claudio Miranda
Musique : Daft Punk
Durée : 2H05
Sortie : 09/02/2011
Note : 8/10

Sam Flynn, 27 ans, est le fils expert en technologie de Kevin Flynn. Cherchant à percer le mystère de la disparition de son père, il se retrouve aspiré dans ce même monde de programmes redoutables et de jeux mortels où vit son père depuis 25 ans. Avec la fidèle confidente de Kevin, père et fils s'engagent dans un voyage où la mort guette, à travers un cyber univers époustouflant visuellement, devenu plus avancé technologiquement et plus dangereux que jamais...

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Il est intéressant de se rendre compte que les films utilisant les technologies les plus avancées ont des sujets paradoxalement tournés vers le passé. Par exemple, jurassic park ressuscite un monde préhistorique par la grâce du CGI ou avatar emploie la révolution de la performance capture pour conter une histoire appelant à renouer avec la nature. “Conter” c’est là toute la différence entre ces films et leurs successeurs souvent d’une grande banalité. Ces films ont réussis à intégrer la technologie comme un moyen d’expression de leurs thématiques. La simplicité des histoires choisies n’a rien à voir avec une facilité mais cherche à démontrer la manière dont une nouvelle forme d’expression peut transcender et donner tout son poids à l’histoire la plus traditionnelle. On peut même dire qu’on arrive grâce à elle à obtenir un nouveau degré de réflexion dessus. La technologie du futur nous permet finalement de comprendre notre passé. En son temps, Tron l’avait bien compris. Intégrant à l’histoire son ambition de création d’un monde numérique (ce qui lui permet d’ailleurs de survivre à l’épreuve du temps), le film faisait pourtant revivre des figures qui avait plus à voir avec la fantasy moyenâgeuse que la pure science-fiction. Dans un univers sous le joug d’une puissance maléfique, on découvrait ainsi des personnages assurant des fonctions telles que guerriers (Tron, unique programme capable d’annihiler le Master Control), magiciens (le concepteur pouvant influer sur la matière informatique) ou vil bras droit obsessionnel (le redoutable Sark). A cela se rajouter bien sûr une illustration des jeux vidéo renvoyant aux combats d’arène de la Rome antique. Un regard futuriste vers des archétypes passés en somme et une position que Tron legacy est loin de renier.

Ceux qui espéraient une histoire complexe de la part de cette suite tardive en auront pour leurs frais. Car Tron legacy nous offre l’histoire la plus connue du monde : la lutte du bien contre le mal. Basique ? Simplissime ? Foutage de gueule ? Que nenni puisque notre histoire nous renvoie à des connotations bibliques lui donnant toute son envergure. Kevin Flynn est ainsi désormais ni plus ni moins que Dieu. Par sa connaissance informatique, il est devenu le créateur d’un tout nouveau monde. Pour le rendre le plus parfait possible, il s’invente un fidèle bras droit à son image nommé CLU. Celui-ci l’aide dans sa tâche jusqu’à l’apparition d’une nouvelle forme de vie dans ce monde. Flynn n’a qu’admiration pour celle-ci alors que CLU n’y voit que des êtres imparfaits qui n’ont pas leur place dans la perfection réclamée par son créateur. Il se rebelle donc contre ce dernier et jure d’annihiler cette inacceptable source de satisfaction. En terme d’enjeux et de rapports de force, nous sommes ni plus ni moins que devant le conflit entre Dieu et son âme damnée, le diable.

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Du plus fidèle allié est né l’ennemi juré à cause d’une différence de point de vu sur le même objectif. En ce sens, CLU utilise les mêmes armes que le diable : la manipulation des enfants du créateur. Il détourne ainsi l’attention des programmes par ses spectaculaires jeux d’arène et en formate d’autres pour les faire rejoindre sa cause. Lors de leur première rencontre, il n’hésite d’ailleurs pas à se faire passer devant le héros pour son père. Bien sûr, l’idée du fils de Dieu qui débarque dans ce monde et devra en assurer son salut en le traversant jusqu’à rejoindre l’autre ajoute à la dimension biblique du film. À cela, on pourrait rajouter des notions plus bouddhistes non moins négligeable. Cela se note tout particulièrement dans le comportement de Kevin Flynn. En prêchant l’inaction face à l’ennemi (il est convaincu qu’un simili karma conduira à la perte de CLU) ou en reconnaissant l’impossibilité de la perfection (lui-même et CLU sont l’illustration que le bien et le mal ne peuvent exister l’un sans l’autre), il exploite certains préceptes de la théorie du juste milieu. Peut-être pas rien si le réalisateur choisit pour sa réapparition dans le récit de le dévoiler dans la position du lotus.

Cette captivante portée spirituelle rendue d’autant plus forte par son télescopage dans un univers atypique est toutefois contrecarrée par les difficultés à laisser s’y développer une dimension humaine. La mythologie a une structure tellement dense et lourde de sens que les personnages peinent à s’y épanouir. Du coup, malgré de bonnes idées, le script ne tire pas le meilleur parti de ses caractères. La fascination de Quorra pour l’au-delà est ainsi rapidement expédiée n’arrivant à octroyer qu’une touchante image finale. Quant au rapport de Sam Flynn et son père, on aurait aussi voulu quelque chose de plus poussé notamment par rapport au double rôle de Jeff Bridges (tour de force qui conduit à l’un des rares effets CGI mitigés du film). Lors du climax, Kevin n’hésite pas à foutre quelques gnons dans la gueule de CLU. Si il a réussi au cours du film à se réconcilier avec la figure du père bienveillant, il ne voue finalement que haine pour sa volonté obsessionnelle de créer un autre monde. Cette volonté a conduit son père à l’abandonner et s’incarne toute entière dans CLU. La confrontation aurait pu avoir ainsi une vraie portée émotionnelle mais l’exploitation de cette dualité a été tellement peu planifiée tout au long de l’intrigue qu’il n’y a pas grand-chose qui ressort. Le réalisateur Joseph Kosinski démontre plus que jamais son manque de maîtrise sur les sentiments de ses personnages lorsque dans ce même climax, il nous sort des flashbacks de fort mauvais aloi.

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Mais on peut bien lui pardonner. Après tout, c’est un premier long et pas le plus simple à mettre en boîte (vous en connaissez beaucoup des jeunots à qui ont filent des grosses productions à 150 millions de dollars pour leurs débuts ?). On peut comprendre qu’il est dû se concentrer plus particulièrement sur sa technique pour illustrer l’univers si particulier de Tron. Car après tout, il y avait un lourd challenge. Le film originel avait réussit à faire accepter les formes basiques des éléments numériques par la justification d’un univers informatique. L’argument est aujourd’hui dépassé et le film ne pouvait se contenter de construction d’un tel acabit. Pour autant, il ne fallait pas renier la chartre graphique précédemment établi. Les connaissances de Kosinski en matière d’architecture ont dû être fort utiles à cet effet. L’esthétisme contient ainsi toujours cette idée de lignes géométriques claires et précises mais s’inscrivant désormais dans une optique architecturale plus complexe. Dopé par des effets spéciaux nickels, le résultat est du plus bel effet avec des choix de textures alléchants (les arènes en verre construites sur plusieurs niveaux) et une mise en scène habile pour en exploiter la composition. Une qualité se retrouvant tout particulièrement dans les scènes d’action comme dans cette mémorable bataille aérienne.

Avec sa musique qui finie par devenir hypnotisant (peu appréhendable à la première écoute, on en saisie la puissance au fil des écoutes), Tron legacy scotche par son côté impressionnant culturellement et esthétiquement parlant. On regrettera juste que le script n’arrive pas à relier pleinement sa mythologie avec une dimension humaine capable de la déconstruire. Mais bon, n’est pas Cameron qui veut.

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Posté par nobody smith à 11:31 - science-fiction - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

29 janvier 2011

Tron

tronTitre original : Tron
Genre : la technologie du futur des années 80 d’hier
Réalisation : Steven Lisberger
Scénario : Steven Lisberger
Avec Jeff Bridges, Bruce Boxleitner et David Warner
Photographie : Bruce Logan
Musique : Wendy Carlos
Durée : 1H36
Sortie : 08/12/1982
Note : 7.5/10

Flynn, ex-programmeur informatique aigri, est vite devenu une star des salles de jeu. Ça tombe plutôt bien, car son ex-boss, soucieux de protéger un secret, se sert un beau jour d'un prototype expérimental pour dématérialiser le pauvre Flynn et l'envoyer à l'intérieur du système informatique de l'entreprise, où il ne devra son salut qu'à sa dextérité aux jeux vidéo...

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Le problème avec la technologie, c’est qu’elle évolue trop rapidement. On a beau acheter l’objet le plus high tech qui soit, il est pratiquement qualifié d’obsolète juste après qu’on l’ait sortit de sa boîte. Il suffit d’un moment de relâchement pour que sans qu’on ait eu le temps de dire ouf, on se retrouve dépassé par toutes les nouveautés. Comme le disait le producteur Jeffrey Katzenberg à l’époque de Shrek : “Nous vous offrons le top de la technique... pour les dix prochaines minutes”. L’innovation technique est tellement constante que ça en devient assommant. Du coup, il apparaît parfois difficile de jauger les œuvres pionnières. Mettant en avant des techniques aujourd’hui utilisées de manière habituelle, il n’est guère aisé de porter un jugement sur des longs-métrages particulièrement novateurs. Ces derniers exploraient des territoires insoupçonnés à tâtons, ne sachant pas foncièrement ce qu’ils allaient obtenir. En résulte, une maladresse désormais obligatoirement évidente et qui prête à la moquerie. Pourtant, il paraît injuste de minimiser l’importance de ces films à cause des effets de l’âge. Leur portée visionnaire reste fondamentale et mérite toujours toute notre estime par rapport à leur impact sur le cinéma. Tron fait partie de ceux-là.

Au début des années 80, le studio Disney est en pleine transition. A cause d’un succès moins en moins présent, il y a une véritable bataille interne entre les vieux conservateurs et les jeunes loups. Ces derniers souhaitent booster un tantinet le studio en misant sur des productions plus matures, plus orientées vers un public adulte. Profitant de cette nouvelle politique, Steven Lisberger leur soumet le projet de Tron. La particularité du projet ? Il désire animer une grande partie du film avec des ordinateurs. La technologie des ordinateurs n’en est qu’à ses balbutiements mais Lisberger sent qu’il y a là un sérieux potentiel pour l’industrie cinématographique. Force d’admettre que l’avenir lui donnera raison. Mais pour l’époque, ça n’est pas une mince affaire. Emballé par le projet, Disney confiera à Lisberger un budget quasi-illimité qui ne sera pas de trop. L’atelier de Lisberger n’étant absolument pas suffisant pour concevoir toutes les images du film, la production répartira les tâches entre plusieurs boîtes de programmation éparpillées à travers le monde. Lisberger devra de plus composer avec les limites technologiques de certains de ces collaborateurs comme la société MAGI qui ne peut concevoir des objets qu’à partir de formes géométriques prédéterminées.

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Un sacré challenge donc mais qui s’avère en soit bénéfique. Réclamant une motivation de fer, la production du film demanda à tous ses participants de donner le meilleur d’eux-mêmes. Tous ont du y mettre du sien : du réalisateur chargé de s’assurer de l’homogénéité du produit final (guère aisé vu la multitude de sources de données) aux programmateurs chargés de saisir à la main les lignes de code (on dénote pas moins de 600 chiffres pour 4 secondes de film !) en passant par les acteurs obligés de jouer dans des ridicules costumes en plastique face à des écrans noirs (l’acteur Peter O’Toole a d’ailleurs refusé le projet lorsqu’on lui a appris qu’aucun décor ne serait construit). Le résultat en vaut la chandelle puisqu’on peut toujours regarder avec un émerveillement certain le film. Certes la qualité des images générées par ordinateur peut être considéré comme minimaliste, le rendu proposé se hissant tout juste au niveau des animatiques du cinéma actuel. Mais finalement, tout ceci apparaît en accord avec le scénario. Prenant place dans un univers informatique, il est tout à fait normal que l’univers soit constitué de formes rigides aux textures uniformes dépouillées.

Il s’agit d’ailleurs là de la force maîtresse du long-métrage d’avoir fait de son support visuel le sujet du film. Si on passera sur des propos informatiques légèrement datés (le coup du laser reste une joyeuse fantaisie exploitant les maigres connaissances du spectateur en la matière), le film offre un fond des plus pertinents. Outre son message sur la politique informatique de l’époque (la peur des petits concepteurs de se faire déposséder de leurs créations par les grands consortiums), c’est définitivement la création de son univers informatique qui rend toujours aussi fascinant le film. En inventant un monde au sein des ordinateurs, Lisberger anticipait la folie internet jusqu’à son fonctionnement même comme le principe des avatars (les programmes sont interprétés par les mêmes acteurs que leurs utilisateurs). Il invente ainsi un univers fascinant qui malgré son envergure cybernétique reste attaché à un régime plutôt féodal propice à exploiter des pistes narratives plus proches de fantasy que de la SF. L’originalité règne donc en mettre dans ce script transposant les éléments du réel dans ceux du virtuel.

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Une fascination renforcée par l’utilisation jouissive que Lisberger fait de son matériau. Épaulé par un story-board entièrement supervisé par le dessinateur Moebius, Tron regorge de passages phénoménaux. Découvrant que le numérique offre une liberté de mouvement bien plus importante qu’avec les techniques traditionnelles (la caméra peut sans problème se fondre à travers les personnages et objets), l’équipe exploite cette révélation pour rendre le plus spectaculaire et titanesque possible les nombreuses idées du script. En résulte une jubilation de tous les instants au travers de séquences plus immersives les unes que les autres. On aura beau critiquer les problèmes de l’époque en terme de vitesse et surtout de fluidité des mouvements, c’est sans importance face à l’enthousiasme que provoque pratiquement l’intégralité des scènes animées. Encore aujourd’hui il est d’ailleurs difficile de trouver plus jubilatoire que ces phénoménales courses de moto...

Alors oui Tron a vieillit, oui ça fait parfois bobo aux yeux, oui c’est pas exempt de défauts (Jeff Bridges est en très petite forme)... Mais Tron reste une œuvre puissante où l’imagination et la technologie se lie avec une rare harmonie.

Posté par nobody smith à 12:19 - science-fiction - Commentaires [0] - Rétroliens [0]